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Questions-réponses sur la FCO
- Qu’est-ce que la fièvre catarrhale (langue bleue) ?
- Dans quels pays est-elle présente ?
- Par quoi est-elle provoquée?
- Quelles sont les espèces animales touchées par la Fièvre Catarrhale ?
- Les viandes, le lait et autres denrées sont-ils des matières susceptibles de transmettre le virus ?
- Comment se transmet l’infection ?
- Que sont les insectes vecteurs de la maladie ?
- Toutes les espèces de moucherons sont-elles en cause dans la transmission de la Fièvre Catarrhale ?
- Comment évalue-t-on les périodes d’activité du vecteur ?
- D’autres modes de transmission existent-il?
- Quels sont les symptômes de la Fièvre Catarrhale chez les ovins ?
- Quels sont les symptômes de la Fièvre Catarrhale chez les bovins ?
- Quels sont les symptômes de Fièvre Catarrhale chez les caprins ?
- Un ruminant atteint du virus exprime-t-il toujours des symptômes de la maladie ?
- La Fièvre Catarrhale est-elle dangereuse pour les autres animaux domestiques ?
- Existe-t-il des traitements spécifiques pour soigner les animaux malades de Fièvre Catarrhale, ou un vaccin permettant de les protéger préventivement ?
- Pourquoi y a-t-il une zone réglementée dans le département des Pyrénées-Atlantiques ?
- Par quels moyens peut-on vérifier qu’un ruminant est ou non porteur du virus de la Fièvre Catarrhale ?
- Que se passe-t-il en cas de suspicion avérée de Fièvre Catarrhale dans un cheptel (mesures réglementaires gérées par la DDSV) ?
- Comment lutter contre la Fièvre Catarrhale au niveau d’une région ou d’un pays ?
- Un animal gravement atteint de Fièvre Catarrhale peut-il être euthanasié et faire l’objet d’une indemnité ?
- Pourquoi faut-il lutter contre la Fièvre Catarrhale alors que c’est une maladie qui ne concerne pas les humains ?
- Quelle est la stratégie adoptée par la France dans le cas de l’épizootie actuelle?
- Pourquoi un périmètre interdit ?
- Pendant combien de temps les mesures réglementaires de restrictions sanitaires sont-elles mises en place au sein d’un périmètre interdit ?
- Quelles sont les règles de circulation des animaux au sein d’une zone réglementée, et entre zones de statuts différents ?
- Quelles sont les dérogations permettant la sortie d’animaux hors des périmètres interdits ou de la zone réglementée, pour aller dans des zones de statut plus favorable ?
- Quelles sont les aides et mesures de soutien prévues pour les éleveurs ou les filières touchées par la Fièvre Catarrhale ?
- Quelles sont les indemnités prévues par l’État pour les pertes en animaux dues à la Fièvre Catarrhale ?
- Quels sont les scénarios possibles concernant l’évolution de l’épizootie actuelle et des mesures sanitaires mise en place ?
- Dans quel délai un pays infecté par la Fièvre Catarrhale peut-il recouvrer son statut de "pays indemne de fièvre catarrhale ovine", après l’éradication de la maladie ?
Qu’est-ce que la fièvre catarrhale (langue bleue) ?
La Fièvre Catarrhale (ou langue bleue, blue tongue chez les anglo-saxons et lingua azul en Espagne) est une maladie animale transmissible, provoquée par un virus transmis d’un animal à un autre par des moucherons piqueurs (maladie vectorielle). Elle touche les seuls ruminants.
Dans quels pays est-elle présente ?
La Fièvre Catarrhale est connue depuis longtemps dans divers pays du monde. Elle est classiquement présente en Afrique subsaharienne, dans des pays du pourtour méditerranéen tels que le Maghreb, l’Espagne, le Portugal, le sud de l’Italie, la Grèce, la Turquie, en Asie, aux USA, etc. Considérée jusqu’alors plutôt comme une maladie de pays chauds, la Fièvre Catarrhale est apparue aux Pays-Bas en août 2006, et de là s’est rapidement étendue en Belgique, en Allemagne et au Luxembourg. En 2006, quelques cas ont été détectés dans le nord-est de la France. Depuis le mois de juillet 2007, le nombre de foyers a augmenté très fortement dans tous les pays atteints, y compris la France, où elle progresse vers le sud. La maladie a également atteint la Grande Bretagne.
Par quoi est-elle provoquée?
La Fièvre Catarrhale est due à un virus de la famille des réoviridés, le BTV ("blue tongue virus"), dont on connaît 24 variétés appelées sérotypes, numérotés de 1 à 24. Il n’y a pas (ou peu) d’immunité croisée entre les différents sérotypes, ce qui veut dire qu’un animal protégé, par des anticorps, contre un sérotype donné ne le sera pas (ou peu) contre un autre sérotype.
Le sérotype en cause dans l’épizootie apparue en Europe du nord est le n° 8, connu en Afrique subsaharienne. Les sérotypes 4 et 1 sévissent en Espagne et au Portugal depuis plusieurs années. D’autres sérotypes sont présents en zone méditerranéenne (sérotypes 2, 4 et 16 en Corse, sérotypes 2, 4, 9 et 16 en Italie, etc.).
Le virus, qui se développe dans l’organisme des ruminants contaminés, connaît une phase de multiplication chez certains moucherons piqueurs, qui sont les vecteurs indispensables de la maladie.
Quelles sont les espèces animales touchées par la Fièvre Catarrhale ?
Seuls les animaux ruminants, domestiques ou sauvages, sont atteints par la Fièvre Catarrhale (tels que les bovins, moutons, chèvres, cerfs, chevreuils, mouflons, buffles, chameaux, dromadaires et lamas). C’est pourquoi les mesures de lutte contre la fièvre catarrhale sont d’application pour toutes ces espèces et valent pour tous les établissements qui en détiennent, tels que les élevages bovins, ovins, caprins, les négociants en bétail, les parcs animaliers, les fermes pédagogiques, les particuliers, etc. Dans la plupart des pays où la Fièvre Catarrhale est présente, ce sont essentiellement les moutons qui expriment la maladie, les bovins et les caprins étant capables d’héberger le virus sans montrer obligatoirement des signes cliniques. Toutefois, s’agissant de l’épizootie provoquée par le sérotype 8, les bovins présentent également des signes cliniques.
Les viandes, le lait et autres denrées sont-ils des matières susceptibles de transmettre le virus ?
Non. Les denrées animales (la viande, le lait, le cuir, la laine, etc.) issues de ruminants, même infectés par le BTV, ne peuvent pas transmettre le virus et ne sont donc soumises à aucune restriction dans le cadre des échanges commerciaux.
Comment se transmet l’infection ?
Le BTV est transmis d’un animal malade à un animal sain exclusivement via la piqûre de certaines espèces de moucherons hématophages, du genre Culicoides. Les ruminants ne peuvent donc pas s’infecter entre eux, ni par contact direct, ni par contact avec des matières telles que la salive, les fèces ou l’urine (la Fièvre Catarrhale est une maladie transmissible, mais pas contagieuse au sens habituel du terme). En piquant un ruminant malade, le moucheron s’infecte avec le virus présent dans son sang et peut alors le transmettre en piquant un animal sain. Outre leur capacité à voler, les culicoïdes peuvent, en raison de leur légèreté, être portés sur de grandes distances en périodes de forts vents (au-delà de 100 km), ce qui contribue à la diffusion de la maladie.
Que sont les insectes vecteurs de la maladie ?
Les culicoïdes vecteurs de la Fièvre Catarrhale sont des petits moucherons, d’une taille de 2 à 3 mm, souvent présents autour des élevages de bétail, notamment lorsque les exploitations sont situées dans des zones humides qui favorisent le développement des populations d’insectes (près des cours d’eau, marais, étangs). Pour leur reproduction, les culicoïdes ont besoin d’un sol humide, chaud et riche en terreau, où leurs œufs et larves peuvent se développer. Ces insectes piquent les animaux préférentiellement après la tombée de la nuit, pour se nourrir de sang. Leur période maximale d’activité au cours d’une journée s’étend du crépuscule jusqu’à l’aube du jour suivant.
Comme beaucoup d’insectes, les culicoïdes ont une activité qui décroît avec la température. En Europe, l’activité est grandement diminuée lorsque la température descend en dessous de 10° C. En période hivernale, les culicoïdes adultes meurent, mais leurs œufs et leurs larves survivent jusqu’au printemps suivant. Il ne semble pas que le virus présent chez les insectes adultes puisse passer dans leurs œufs et leurs larves.
La diffusion de la maladie est donc fortement influencée par l’activité du vecteur : elle est maximale en périodes de fortes pluies et de chaleur favorisant la multiplication des culicoïdes (au printemps et en automne).
Toutes les espèces de moucherons sont-elles en cause dans la transmission de la Fièvre Catarrhale ?
Dans les pays du sud de l’Europe et dans les pays tropicaux, le principal vecteur est Culicoides imicola, qui n’existe pas dans les régions du nord de l’Europe.
Par contre, d’autres espèces comme Culicoides obsoletus, C. nubeculosus, C. pulicaris ou C. dewulfi, qui sont présentes partout en Europe, sont soupçonnées de pouvoir transmettre l’un ou l’autre des sérotypes de BTV.
Comment évalue-t-on les périodes d’activité du vecteur ?
La propagation de la maladie est étroitement liée à l’activité des insectes vecteurs (activité vectorielle). La mesure de cette activité est donc essentielle ; elle s’effectue au moyen de piégeages nocturnes destinés à capturer des insectes, dont les culicoïdes. Le piégeage a un double objectif :
quantitatif : mesurer le nombre de moucherons en activité sur le site ;
qualitatif : identifier les différentes espèces de moucherons présentes sur le site.
Ces piégeages ont un intérêt :
scientifique : les experts entomologistes du CIRAD et de l’université de Strasbourg peuvent apprécier la dynamique des populations de vecteurs en fonction de différents facteurs (écologiques, climatiques...). Ceci pourrait permettre la constitution de modèles prédictifs à l’avenir et surtout de mieux connaître les facteurs de risque de la maladie sous nos latitudes ;
réglementaire : la fin d’activité vectorielle est définie par des piégeages démontrant l’absence de culicoïdes pendant plusieurs semaines.
La période d’inactivité vectorielle permet des assouplissements des conditions de circulation des ruminants, puisque l’insecte facteur de risque de transmission de la maladie est absent. En outre, les traitements insecticides ne sont plus nécessaires durant cette période.
D’autres modes de transmission existent-il?
Le virus de la Fièvre Catarrhale pourrait aussi se transmettre par le sperme issu de mâles reproducteurs infectés (lors de la monte naturelle ou par insémination artificielle : transmission vénérienne), ou par la transplantation d’ovules ou d’embryons issus de femelles donneuses infectées.
Quels sont les symptômes de la Fièvre Catarrhale chez les ovins ?
Après une période d’incubation de 2 à 20 jours au maximum, les symptômes se manifestent ainsi :
- Fièvre (41 à 42°C) pendant plusieurs jours,
- Inflammation de la cavité buccale, Langue gonflée, et parfois cyanosée (langue de couleur bleuâtre, d’où les noms de "blue tongue" ou lingua azul).
- Troubles alimentaires,
- Jetage nasal abondant,
Après une semaine, les moutons peuvent présenter de la boiterie, en raison d’une inflammation des bourrelets coronaires et/ou une inflammation de la peau et une atteinte des muscles (myosite), Les brebis gestantes peuvent avorter.
Dans les cas les plus graves, l’évolution peut aller vers la mort en 8 à 10 jours. Dans le cas contraire, l’animal se rétablit lentement, mais peut alors présenter une chute de la laine, une croissance retardée ou de la stérilité. Le taux de mortalité peut atteindre 30 %, dans les épisodes les plus sévères.
Les moutons infectés sont considérés être contagieux (porteurs du virus) pendant 60 jours environ.
NB : Les animaux malades ne manifestent pas tous l’ensemble des symptômes. Certains animaux ne manifestent pas de signes cliniques, ou des signes très frustes non caractéristiques.
Quels sont les symptômes de la Fièvre Catarrhale chez les bovins ?
La Fièvre Catarrhale ne provoque habituellement pas de symptômes graves chez les bovins, qui présentent plutôt des formes frustes de la maladie.
Toutefois, dans le cas de l’épizootie à sérotype 8 qui se propage depuis le nord de l’Europe, des symptômes sévères sont observés chez les bovins, notamment depuis 2007. Les signes suivants sont alors constatés :
- Fièvre fugace (à 41-42 °C).
- Présence d’ulcérations sur le mufle, ainsi que dans les fosses nasales qui provoquent alors un jetage nasal muco-sanguinolent,
- Ulcères dans la cavité buccale (au niveau des gencives), avec salivation et bruits de succion,
- Œdème de la tête au niveau de l’auge, ainsi que des membres en partie basse avec difficulté de déplacement de l’animal,
- Sur les vaches en lactation, présence d’une congestion au niveau des trayons et de la base du pis, entraînant des difficultés de traite et un déficit en production de lait.
En outre, depuis le début de l’été 2007, le caractère pathogène du virus a augmenté et des avortements et de la mortinatalité sont constatés à des taux parfois élevés dans les élevages bovins touchés par le BTV8 ; des études sont en cours pour vérifier l’impact réel du virus dans ces problèmes de reproduction bovine.
Chez les bovins, la période de contagiosité due à la présence du virus dans le sang peut aller jusqu’à 120 jours.
Quels sont les symptômes de Fièvre Catarrhale chez les caprins ?
En règle générale, les caprins infectés par le BTV ne montrent aucun symptôme de maladie (forme inapparente).
Un ruminant atteint du virus exprime-t-il toujours des symptômes de la maladie ?
Non, il arrive que la présence du virus dans l’organisme de l’animal contaminé ne se manifeste par aucun signe extérieur de maladie (forme inapparente). C’est presque toujours le cas chez les caprins, et souvent chez les bovins. Seuls certains tests de laboratoire, notamment réalisés sur des prélèvements de sang (analyses sérologiques ou virologiques) permettent alors de révéler la présence du virus dans l’organisme de l’animal.
La Fièvre Catarrhale est-elle dangereuse pour les autres animaux domestiques ?
Les autres espèces animales ne courent aucun risque. Les chiens, chats, chevaux, porcs ou autres animaux domestiques ne peuvent pas devenir malades de la Fièvre Catarrhale, même dans le cas où ils seraient piqués par des insectes susceptibles d’être vecteurs du virus.
Cette maladie peut-elle se transmettre aux êtres humains ?
Le BTV n’est pas transmissible aux êtres humains. La Fièvre Catarrhale ne constitue donc aucun danger pour l’homme.
Existe-t-il des traitements spécifiques pour soigner les animaux malades de Fièvre Catarrhale, ou un vaccin permettant de les protéger préventivement ?
Comme pour la plupart des maladies virales, il n’existe pas de médicament spécifiquement dirigé contre le virus de la Fièvre Catarrhale. Les animaux malades peuvent cependant être traités par des médicaments vétérinaires qui luttent contre les symptômes de la maladie et évitent dans une certaine mesure les surinfections bactériennes au niveau de l’organisme de l’animal affaibli par le virus.
Il existe un vaccin capable d’immuniser les animaux, à titre préventif, contre certains sérotypes du BTV, dont le sérotype 1 (ainsi que les sérotypes 2, 4...). Le vaccin contre le sérotype 1 n’est pas encore diffusé en France, mais il pourrait être utilisé avant la fin de l’année 2007, une demande d’autorisation temporaire d’utilisation (ATU) étant en cours d’instruction à la demande du ministère de l’agriculture. A l’inverse, le vaccin pour protéger les animaux contre le sérotype 8 n’est pas encore disponible, bien que plusieurs laboratoires producteurs, sollicités par la commission européenne, y travaillent.
Pourquoi y a-t-il une zone réglementée dans le département des Pyrénées-Atlantiques ?
Des foyers cliniques de Fièvre Catarrhale dus à un virus de sérotype 1 ont été mis en évidence sur des cheptels ovins par les autorités sanitaires espagnoles sur la commune d’Oiartzun proche de la frontière française. La mise en place, le 6 novembre 2007, d’une zone réglementée, de 70 km de rayon autour du foyer, concerne donc de fait les départements des Pyrénées-Atlantiques et des Landes.
Par quels moyens peut-on vérifier qu’un ruminant est ou non porteur du virus de la Fièvre Catarrhale ?
Des analyses de laboratoire permettent de vérifier, à partir de prélèvements sanguins pratiqués sur l’animal :
- si ce dernier est porteur du virus : ce sont des recherches virologiques, qui peuvent être réalisées également sur divers organes tels que la rate, la moelle osseuse, etc
- si l’animal a fabriqué des anticorps pour lutter contre le virus : ce sont les analyses sérologiques.
Que doit faire un éleveur s’il constate dans son troupeau de bovins, d’ovins ou de caprins, des symptômes de maladie pouvant laisser suspecter l’apparition de la Fièvre Catarrhale ?
Comme dans tous les cas d’apparition de signes cliniques laissant suspecter un foyer d’une maladie réputée légalement contagieuse, l’éleveur doit appeler immédiatement son vétérinaire sanitaire. Le vétérinaire effectuera alors une visite de l’élevage et, si la suspicion lui paraît plausible au vu des signes observés, il informera la Direction Départementale des Services Vétérinaires (DDSV) de la présence d’animaux malades suspects de Fièvre Catarrhale. L’évaluation de critères complémentaires, tels qu’un contexte épidémiologique favorable (saison, distance par rapport à des zones déjà atteintes de Fièvre Catarrhale...), pourra alors entraîner la décision, par la DDSV, d’officialiser la suspicion de Fièvre Catarrhale.
Que se passe-t-il en cas de suspicion avérée de Fièvre Catarrhale dans un cheptel (mesures réglementaires gérées par la DDSV) ?
1/ Suspicion :
Dans une zone non encore affectée par l’épizootie (zone indemne), lorsqu’une suspicion de Fièvre Catarrhale est avérée, la DDSV rédige et signe, au nom du préfet, un arrêté préfectoral de mise sous surveillance sanitaire (APMS) de l’exploitation suspecte. Cet APMS interdit les mouvements d’animaux et de produits génétiques, et impose la mise en œuvre de mesures préventives (désinsectisation des animaux et des locaux, nettoyage des abords des bâtiments d’élevage pour limiter les gîtes à moucherons, etc.). D’autre part, des prélèvements sanguins seront réalisés par le vétérinaire sanitaire sur le ou les animaux suspects, ainsi que sur un lot d’animaux apparemment sains, afin de faire pratiquer des analyses spécifiques (sérologiques et virologiques) dans des laboratoires de référence. Les résultats de ces analyses demandent plusieurs jours.
Si les analyses sont négatives, la suspicion est infirmée et l’APMS est levé. Le cheptel retrouve alors son statut initial. Le montant des opérations sanitaires (visite de suspicion du vétérinaire, prélèvements sanguins et analyses de laboratoire) est pris en charge par l’État, dans le cadre des opérations de police sanitaire des maladies réputées contagieuses.
2/ Foyer confirmé :
Si les résultats des analyses sont positifs, le ou les animaux suspects sont déclarés infectés de Fièvre Catarrhale, et le cheptel est placé sous arrêté préfectoral de déclaration d’infection (APDI). Cet arrêté impose la mise en place d’une enquête épidémiologique et entomologique au niveau de l’exploitation, de mesures de restrictions des mouvements d’animaux et de produits génétiques, ainsi que le maintien des mesures préventives déjà décidées pendant la durée de la suspicion. Il impose également la réalisation de prélèvements sanguins sur l’ensemble des ruminants composant le cheptel, afin de vérifier le niveau de contamination des animaux du cheptel. Les frais induits par les enquêtes épidémiologique et entomologique, ainsi que les prélèvements et analyses de laboratoire, sont pris en charge par l’État.
Enfin, la mise en évidence d’un foyer (circulation virale mise en évidence) entraîne l’instauration, par arrêté préfectoral, d’un périmètre interdit d’un rayon d’au moins 20 km autour du foyer. Les cheptels de ruminants se trouvant à l’intérieur de ce périmètre interdit sont soumis par arrêté préfectoral à certaines mesures de restriction de mouvements, ainsi qu’à certaines mesures de prévention à l’égard des vecteurs de la Fièvre Catarrhale (désinsectisation des locaux d’élevage...).
Chaque foyer de Fièvre Catarrhale apparaissant en France est officiellement déclaré à l’Organisation mondiale de la santé animale (OIE) et aux autorités sanitaires européennes par les responsables du ministère de l’agriculture et de la pêche (Direction Générale de l’Alimentation).
Comment lutter contre la Fièvre Catarrhale au niveau d’une région ou d’un pays ?
La lutte organisée contre la Fièvre Catarrhale peut faire appel à deux catégories de mesures, imposées par voie réglementaire :
1.Des mesures sanitaires :
Du fait que la Fièvre Catarrhale est une maladie vectorielle, les mesures sanitaires ont deux objectifs :
- éviter la diffusion de ruminants (ou de leurs matériels génétiques) porteurs du virus ; - lutter contre les insectes vecteurs et limiter leur dissémination dans les et hors des zones infectées.
Il s’agit notamment des mesures suivantes :
- L’abattage des animaux infectés, voire des animaux du même troupeau en contact avec ceux infectés. Cette mesure, très efficace en zone indemne pour éliminer "dans l’œuf" un foyer ponctuel de Fièvre Catarrhale, ne peut plus être mise en œuvre lorsque les foyers sont trop nombreux et que la maladie est déjà étendue géographiquement (cas de l’épizootie* actuelle en Europe du nord).
- La limitation des mouvements d’animaux d’espèces sensibles à la maladie, dans les régions où des cas ont été détectés (avec mise en place de zones réglementées autour des foyers). Ces restrictions ont pour objectif d’empêcher que des ruminants contaminés ne soient transportés vers des régions encore indemnes de la maladie et servent de réservoirs de virus pour les insectes piqueurs présents dans ces zones indemnes.
- La désinsectisation des animaux et des locaux d’élevage, au niveau des foyers de Fièvre Catarrhale. Les insecticides utilisés doivent être autorisés réglementairement pour le traitement des animaux (ce sont des médicaments, prescrits par un vétérinaire, et non dangereux pour l’homme et l’animal).
-Le maintien des ruminants hors de la présence des culicoïdes, en évitant de laisser les animaux dehors pendant les périodes d’activité maximale des insectes (c’est-à-dire depuis le crépuscule jusqu’à l’aube du lendemain). Rentrer les ovins, bovins et caprins dans des bâtiments fermés pendant la nuit est donc une mesure préventive recommandée.
- La réduction du nombre des gîtes à culicoïdes, en nettoyant les abords des élevages (enlèvement du fumier, des végétaux en décomposition...) et en asséchant les endroits humides favorisant la présence de ces insectes (abreuvoirs temporaires, mares...).
- Le transport préférentiel des animaux en dehors des périodes journalières d’activité des culicoïdes.
2.Des mesures médicales :
Il s’agit de la vaccination préventive, praticable sur des animaux sains et qui les protège de toute infection ultérieure par le BTV, à condition qu’un vaccin spécifique au sérotype viral concerné existe dans le commerce. Le recours à la vaccination, lorsque possible, s’inscrit dans un cadre collectif, réglementé au niveau national et coordonné au niveau européen. La lutte vaccinale n’est décidée par les autorités sanitaires nationales que lorsque l’extension de la maladie est trop importante et ne peut plus être freinée par la mise en œuvre des seules mesures sanitaires.
Du fait de l’extension importante et rapide de l’épizootie, à BTV 8 en France depuis le mois de juillet 2007, et à BVT 1 en Espagne, la vaccination est envisagée par le ministre de l’agriculture français. Un vaccin contre le sérotype 1 pourrait être prochainement autorisé en France. Pour ce qui est du sérotype 8, aucun vaccin n’est encore disponible ; des démarches ont été entreprises par la commission européenne auprès de plusieurs laboratoires producteurs afin de pouvoir bénéficier d’un vaccin opérationnel au cours de l’année 2008.
Un animal gravement atteint de Fièvre Catarrhale peut-il être euthanasié et faire l’objet d’une indemnité ?
L’euthanasie indemnisée des ruminants présentant des signes cliniques sévères de Fièvre Catarrhale est rendue possible par l’arrêté ministériel du 21 août 2001 relatif à la police sanitaire de la Fièvre Catarrhale, pour des raisons de protection animale (afin d’abréger les souffrances d’un animal très malade). Pour pouvoir bénéficier de l’indemnité forfaitaire prévue par cet arrêté, l’éleveur doit avoir sollicité l’euthanasie par une demande officielle à la DDSV au moyen d’un formulaire, qui doit obligatoirement être contresigné par son vétérinaire sanitaire.
L’indemnité prévue par l’arrêté du 21 août 2001 pour l’euthanasie volontaire des animaux malades de Fièvre Catarrhale est actuellement plafonnée à 228,67 € par bovin, et à 45,73 € par ovin ou caprin. Pour les cheptels de sélection, ce plafond peut être porté à 91,47 € par ovin ou caprin euthanasié.
Pourquoi faut-il lutter contre la Fièvre Catarrhale alors que c’est une maladie qui ne concerne pas les humains ?
L’épizootie de Fièvre Catarrhale, a pour les filières bovine, ovine et caprine, de graves conséquences économiques, en raison notamment des blocages commerciaux engendrés par les mesures de lutte contre la maladie, mais également en terme de pertes directes ou indirectes liées à l’impact pathologique de la maladie chez les animaux atteints (mortalités, baisses de productivité).
Quelle est la stratégie adoptée par la France dans le cas de l’épizootie actuelle?
Les mesures de lutte contre la Fièvre Catarrhale s’inscrivent dans un cadre communautaire, qui s’impose à tous les États membres de l’Union européenne. Elles visent, d’une part, à assurer une détection précoce de la maladie, d’autre part, à prévenir sa diffusion à partir des foyers confirmés.
En l’absence de vaccin disponible et compte tenu de la possibilité de transmission du virus par des moucherons dont plusieurs espèces sont présentes sur l’ensemble du territoire français, des restrictions importantes des mouvements de ruminants, associées à des mesures de désinsectisation, apparaissent comme le seul rempart à l’extension de la maladie.
Ces restrictions de mouvements sont imposées, en application de la réglementation européenne, par la création de deux types de zones réglementées au regard de la maladie :
un périmètre interdit, d’un rayon d’au moins 20 km autour de chaque foyer de maladie (zone à risque élevé en matière de dissémination du virus) ;
une zone réglementée, qui s’étend sur 50 km au-delà du périmètre interdit (soit un rayon de 70 km autour des foyers). Le risque de dissémination de la Fièvre Catarrhale y est moins important que dans le périmètre interdit.
Les limites des périmètres interdits et des zones réglementées sont instituées par arrêté ministériel (liste des communes concernées).
Au-delà de la zone réglementée, le reste du territoire français est considéré comme une zone indemne, qu’il faut donc protéger de la Fièvre Catarrhale.
Pendant la saison d’activité des insectes vecteurs, les limitations de mouvements instaurées par ce zonage sanitaire contribuent à éviter au maximum la diffusion de la maladie, à l’intérieur des zones réglementées comme vers la zone indemne, par des mouvements d’animaux potentiellement infectés.
Pourquoi un périmètre interdit ?
En pratique, pour la Fièvre Catarrhale, les mesures en vigueur dans les périmètres interdits sont les mêmes qu’en zone réglementée, complétées d’une désinsectisation régulière obligatoire des animaux et des élevages. Le terme de « périmètre interdit », qui peut sembler excessif dans ce cas, est d’usage pour toutes les maladies animales contagieuses, dont certaines impliquent un véritable blocage en périphérie des foyers.
Pendant combien de temps les mesures réglementaires de restrictions sanitaires sont-elles mises en place au sein d’un périmètre interdit ?
La levée des périmètres interdits est assujettie à une décision de la commission européenne (après un délai de 60 jours minimum suivant la dernière mise en évidence de circulation du virus de Fièvre Catarrhale au sein du périmètre).
Quelles sont les règles de circulation des animaux au sein d’une zone réglementée, et entre zones de statuts différents ?
Les mouvements à l’intérieur d’une zone réglementée (périmètres interdits compris) restent libres. C’est également le cas entre zones de statut équivalent de deux Etats membres de l’Union européenne. La notion de statut équivalent s’entend sérotype par sérotype (une zone réglementée établie autour d’un foyer de type 1 n’est pas équivalente à une zone établie autour des foyers de sérotype 8). Les animaux issus des zones réglementées du nord de la France peuvent ainsi être introduits en Belgique, aux Pays-Bas, au Luxembourg, et dans les zones réglementées allemandes, lorsque ces zones sont équivalentes. Les animaux issus de la zone réglementée « sérotype 1 » des Pyrénées-Atlantiques et des Landes peuvent être introduits dans la zone réglementée espagnole [sous réserve de confirmation]. Ce principe est valable en sens inverse, pour l’introduction en France d’animaux issus des zones réglementées étrangères.
Le transport de ruminants ou de leurs produits génétiques (sperme, ovules, embryons) depuis une zone vers une autre de statut moins favorable est également libre.
Par contre, la sortie de ruminants ou de leurs produits génétiques vers une zone de statut plus favorable (c’est-à-dire, du plus "contaminé" vers le plus "sain") peut être possible par la mise en place de dérogations strictement encadrées réglementairement, pour limiter les risques de dissémination de la maladie vers les zones à statut plus favorable.
Quelles sont les dérogations permettant la sortie d’animaux hors des périmètres interdits ou de la zone réglementée, pour aller dans des zones de statut plus favorable ?
Le principe général de la prévention contre la Fièvre Catarrhale est l’interdiction de sortie des ruminants et produits génétiques hors d’une zone réglementée vers une zone de statut plus favorable, afin d’éviter la dissémination de la maladie vers les zones "saines".
Cependant, des mouvements dérogatoires de sortie vers des zones de statut plus favorable peuvent être autorisés par les autorités des pays concernés, afin de répondre aux difficultés des professionnels tout en garantissant une protection sanitaire des cheptels indemnes.
Une dérogation générale est instaurée pour les animaux destinés à l’abattoir, moyennant désinsectisation des moyens de transport et des locaux de l’abattoir ayant hébergé les animaux. Cette dérogation est également en vigueur entre Etats membres de l’Union européenne, moyennant une notification de l’échange 48 heures à l’avance.
Les autres dérogations sont définies par des arrêtés préfectoraux pris dans les départements concernés en application des instructions ministérielles.
Conditions pour la sortie de ruminants de la zone réglementée vers la zone indemne à destination de l’élevage :
les véhicules sont désinsectisés préalablement au transport des animaux ;
soit les animaux ont été désinsectisés au moins 28 jours avant la réalisation d’une prise de sang pour recherche sérologique de la maladie, la prise de sang devant être réalisée dans la semaine précédant le départ ;
soit les animaux ont été désinsectisés 14 jours avant la réalisation d’une prise de sang pour recherche virologique, la prise de sang devant être réalisée dans la semaine précédant le départ.
Ces mesures restent en vigueur dans le cadre des échanges intra-communautaires, dans la mesure où une épidémiosurveillance est mise en œuvre sur le territoire national par contrôle sérologique sur des cheptels sentinelles. Un certificat sanitaire spécifique est requis. Ce protocole permet notamment l’exportation de broutards vers l’Italie.
La DDSV peut être contactée pour connaître les modalités précises de déplacement des animaux en France et dans l’Union Européenne.
Quelles sont les aides et mesures de soutien prévues pour les éleveurs ou les filières touchées par la Fièvre Catarrhale ?
L’épizootie de Fièvre Catarrhale a, pour les filières bovine, ovine et caprine, de graves conséquences économiques, en raison notamment des blocages commerciaux engendrés par les mesures de lutte contre la maladie, mais également en terme de pertes directes ou indirectes liées à l’impact pathologique de la maladie chez les animaux atteints (mortalités, baisses de productivité).
C’est pourquoi des mesures de soutien des filières animales dans les zones touchées ont été mises en place par le ministère de l’agriculture et de la pêche dès 2006.
Notamment :
Aide de minimis assurant la prise en charge partielle des intérêts de prêts professionnels à moyen ou long terme, pour les agriculteurs les plus en difficultés (enveloppe prévue de 2 millions d’euros) ; Indemnisation forfaitaire des mortalités constatées dans les troupeaux touchés par la Fièvre Catarrhale (enveloppe de 7 millions d’euros prévue). Indemnisation des coûts des dépistages sérologiques pour la sortie des ruminants hors des périmètres interdits, ainsi que dans le cadre du protocole de surveillance « cheptels sentinelles » (enveloppe prévue de 4,5 millions d’euros).
D’autres mesures sont envisagées pour la fin 2007 en vue de soutenir économiquement les filières touchées. Les réflexions s’articulent autour des axes suivants :
Aide au maintien des animaux dans le cadre du dispositif de minimis (financement d’une avance de trésorerie nécessaire à l’achat de fourrages pour le stockage sur pied des animaux). Soutien des filières d’engraissement en France, afin de faciliter en particulier l’utilisation des animaux qui ne seront pas partis en Italie.
Par ailleurs, il est demandé aux services de l’État une juste prise en compte des problèmes liés à la Fièvre Catarrhale dans les zones réglementées, notamment dans le cadre du contrôle de l’application des réglementations agro-environnementales (règles de chargement, installations classées pour la protection de l’environnement, programme de maîtrise des pollutions d’origine agricole) et en matière de gestion des quotas laitiers.
Quelles sont les indemnités prévues par l’État pour les pertes en animaux dues à la Fièvre Catarrhale ?
L’arrêté ministériel du 21/08/01 a été modifié le 02/10/07 afin de permettre à l’État d’allouer une indemnité aux éleveurs qui subissent des mortalités dues à la Fièvre Catarrhale. Le montant de cette indemnité est identique à celui accordé dans le cas des euthanasies décidées pour cause de Fièvre Catarrhale, à savoir 228,67 € par bovin, et 45,73 € par ovin ou caprin (91,47 € pour les ovins ou caprins des cheptels de sélection).
Les conditions pour l’application de cette indemnisation sont les suivantes :
le cheptel concerné doit être enregistré auprès de l’Établissement départemental de l’élevage (EDE), conformément à la réglementation en vigueur ;
sont prises en compte les mortalités survenues entre la date de la suspicion de Fièvre Catarrhale dans le cheptel ayant conduit à la confirmation de l’infection, et la date de fin d’activité virale, fixée par le Ministère de l’agriculture et de la pêche au vu des résultats des suivis entomologiques, sérologiques et cliniques ;
Tous les ruminants morts de Fièvre Catarrhale, quel que soit leur âge, sont éligibles à l’indemnisation ; c’est donc le cas pour les jeunes animaux, à condition qu’ils soient identifiés et notifiés en BDNI (cas des veaux) ou éventuellement identifiés avec un repère auriculaire temporaire (cas des agneaux ou chevreaux) ;
L’indemnisation des mortalités, réalisée par la DDSV, est fondée sur les déclarations des éleveurs.
Quels sont les scénarios possibles concernant l’évolution de l’épizootie actuelle et des mesures sanitaires mise en place ?
La flambée épizootique constatée en 2007 dans tous les pays du nord de l’Europe affectés par le BTV8 ne permet pas d’espérer à moyen terme une amélioration de la situation sanitaire. Parallèlement, le « saut » du BTV 1 du sud au nord de l’Espagne démontre que la situation sanitaire peut évoluer très rapidement. Il n’est pas impossible que, prochainement, deux sérotypes coexistent dans certains départements métropolitains. Seul un hiver précoce et vigoureux pourrait permettre de diminuer l’incidence des foyers fin 2007 et de limiter le potentiel de résurgence de la maladie au printemps 2008, en diminuant la durée de l’activité vectorielle.
L’évolution de la situation est liée à la disponibilité de vaccins contre les sérotypes 1 d’une part, 8 d’autre part. Le premier, qui ne concernerait dans un premier temps le sud-ouest de la France, devrait être disponible en France prochainement. A l’inverse, le vaccin contre le sérotype 8, qui concerne la majeure partie de l’Europe du nord et de la France, est toujours en cours de développement par des laboratoires producteurs.
En attendant, seules les mesures sanitaires actuelles (limitation des mouvements associée à la désinsectisation) peuvent constituer un rempart contre l’extension généralisée de la maladie : elles doivent donc être appliquées avec rigueur pour conserver leur efficacité.
Dans quel délai un pays infecté par la Fièvre Catarrhale peut-il recouvrer son statut de "pays indemne de fièvre catarrhale ovine", après l’éradication de la maladie ?
Les règlements internationaux imposent un délai minimum de 24 mois après la disparition du dernier cas de Fièvre Catarrhale, pour permettre au pays concerné de recouvrer son statut "indemne de fièvre catarrhale ovine". La longueur de ce délai est liée au caractère vectoriel de la transmission de la maladie, puisque la régulation des insectes vecteurs est une opération difficile à l’échelle de tout un pays.


